La cité-jardin au Wacken

Sur la partie sud-est du Wacken, la Cité-Jardin s’étend sur un terrain d’environ 10 ha, le long de la rive droite de l’Aar qui la sépare du Tivoli. Autrefois, à cet endroit, l’ancien cours de l’Ill formait un coude dont le sommet rejoignait l’Aar pour s’en séparer à nouveau. Après la rectification du cours de l’Ill, ce bras mort qui s’appelait Bludgiessen fut comblé pour faire place à la cité.
Il a subsisté un petit bras toujours relié à l’île, à l’emplacement Neuschiffmatt, jusqu’à la construction du Parlement européen. Un petit pont basculant permettait de passer en voiture ou à pied. Je pense que je ne l’ai jamais vue s’ouvrir. Ce petit bras où l’eau était tranquille était propice aux grenouilles, têtards, et à tous les oiseaux.

Monsieur Léon Ungemach (1844-1928) était déjà un personnage important avant 1918.
Il est :
Vice-président de la Chambre de commerce,
conseiller municipal,
député de la Chambre haute du Landtag d’Alsace-Lorraine,
responsable d’une usine de conserves alimentaires à Schiltigheim,
membre du conseil de surveillance et du conseil d’administration de plusieurs entreprises et établissements financiers alsaciens.
Faisant suite à un concours, les architectes Paul de Rutté (1ᵉʳ prix) et Jean Sorg (4ᵉ prix) sont chargés de l’ensemble des plans d’architecture et de l’urbanisme. La cité Ungemach est construite entre 1923 et 1929 au Wacken. Elle s’étend sur 12 hectares, possède 139 maisons individuelles en location plus une école maternelle, toutes entourées d’un jardin de 2 à 3 ares. Elles ont été réhabilitées entre 1997 et 2000 par l’Habitation Moderne, maître d’ouvrage social qui gère la cité depuis 1993 pour le compte de la Ville de Strasbourg, elle-même propriétaire depuis 1950.
Léon Ungemach, en tant qu’industriel en alimentation, avait beaucoup spéculé pendant la guerre de 1914-1918 dans l’Alsace alors allemande, les fonds de la spéculation étant transférés aux États-Unis durant la guerre pour échapper à la dépréciation du deutsche mark.
À la sortie de la guerre, le 10 décembre 1918, Paris nomme Monsieur Ungemach maire provisoire de la Ville. Mais les partis politiques reconstitués éliront maire de Strasbourg le socialiste Jacques Peirotes (1869-1935). Il fonde la cité-jardin avec l’argent transféré aux États-Unis pendant la période allemande. L’opération de transfert de l’argent allemand en œuvre sociale urbaine française a été menée en deux étapes. Léon Ungemach crée en janvier 1920 la Fondation des Jardins Ungemach, dont il devient président.
Suivant le texte de l’acte de fondation, ces pavillons « étaient destinés à aider de jeunes ménages en bonne santé désireux d’avoir des enfants et de les élever dans de bonnes conditions d’hygiène et de moralité ».
Il nomme comme vice-président et gérant son employé cadre Alfred Dachert (1875-1972). Léon Ungemach a expliqué plus tard ainsi le financement quelque peu singulier de sa fondation : « Les bénéfices fortuits tels qu’ils résultent du fait de la guerre (devaient) retourner à la communauté. »
Le président-donateur Léon Ungemach crée ensuite un acte de donation et dépose dans sa fondation l’argent de la spéculation récupéré aux États-Unis. Il lui reste à convaincre le maire socialiste, Jacques Peirotes, de lui céder un terrain bien placé et viabilisé aux frais de la Ville.
Il passera un contrat avec la municipalité de Strasbourg qui donne en fermage 12 hectares au Wacken pour un franc par an. La ville aménagera et viabilisera à ses frais le terrain et, en contrepartie, deviendra propriétaire de la cité-jardin Ungemach après 25 ans, soit le 1ᵉʳ janvier 1950. La ville héritera donc des 139 maisons…



et le Conseil de l’Europe en haut à droite.
Photo : Philippe Jobert
Source : M. Stéphane Jonas, sociologue-urbaniste, professeur émérite de l’université de Strasbourg
